Farès Bahlouli revient sur son calvaire en Ukraine

Farès Bahlouli

L’ancien espoir de l’Olympique Lyonnais, Farès Bahlouli, qui a évolué dans deux clubs ukrainiens, a vécu des moments intenses, oscillant entre la passion du jeu et l’incertitude constante.

Dans une interview émouvante accordée à Colinterview, a partagé son expérience poignante en Ukraine, où sa passion pour le football s’est heurtée à la réalité brutale de la guerre.  Il a souligné le fossé entre la perception des spectateurs, et la réalité complexe de leur vie quotidienne, marquée par les défis et les épreuves :

Les gens allument leur télé, ils voient le joueur, ils jugent la prestation. Ensuite, ils éteignent la télé et retournent à leurs occupations. Mais ce qu’ils ne voient pas, c’est tout ce qu’on traverse entre ces matchs. À la base, on devait pas jouer en Ukraine. On m’avait dit que les matchs seraient délocalisés… Finalement, ce n’était pas le cas. Quand tu es angoissé, que ta famille en France s’inquiète pour toi, tu peux pas être bon sur le terrain.

Farès Bahlouli

L’invasion russe a provoqué un choc brutal. Bahlouli, alors en stage en Turquie, a été témoin de la panique et du désespoir de ses coéquipiers ukrainiens, coupés de leurs familles :

Le lendemain, on devait prendre l’avion pour rentrer en Ukraine. Puis à 6h du matin, on tape à toutes les portes… Il y avait une atmosphère de panique totale. Certains de mes coéquipiers ukrainiens n’avaient plus de nouvelles de leur famille. Ils n’avaient ni réseau, ni téléphone. Ils ne savaient même pas si leurs proches étaient en vie. J’ai reçu des photos de mon ancien appartement, le parking en bas avait été bombardé, le plafond était effondré… Le stade où mon fils s’entraînait ? Un obus avait explosé en plein milieu.

Après des mois d’hésitation, le milieu de terrain de 29 ans a pris la difficile décision de quitter l’Ukraine. Il a reconnu que son mal-être personnel, exacerbé par la situation, avait un impact négatif sur son jeu et que sa responsabilité envers sa famille primait :

J’ai mis du temps à résilier… Pendant les deux derniers mois, je n’avais plus envie. Ce n’est pas bon, c’est dangereux. Quand tu es mal dans ta vie, ça se répercute sur le terrain. Un footballeur, ce n’est pas juste un joueur. C’est un papa, un frère, un fils. Il a des responsabilités. J’ai eu la chance de m’en sortir, ma famille était loin, mais je ne peux pas oublier ce que mes coéquipiers ont vécu. C’était terrible.

Libre depuis son départ d’Ukraine à l’été 2023, le milieu franco-algérien n’a toujours pas trouvé de nouveau club depuis. Sa carrière reste dans le flou après moins de deux d’inactivité. Selon les estimations de Transfermarkt, sa valeur s’élève actuellement à 100 000 euros.